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Voyager en van nous assure une réelle liberté ; on va où l’on veut, on s’arrête quand on veut, on profite d’un spot aussi longtemps que l’on en ressent le besoin, et on peut découvrir des endroits très reculés et peu arpentés. Mais cette autonomie peut aussi devenir pesante, du fait du peu d’échanges. Les rencontres peuvent être limitées, et finalement on peut se retrouver un peu isolés. Pour éviter ça, et surtout pour s’immerger complètement dans la culture, rien de tel que de loger chez l’habitant. Du coup, après un bon premier mois d’aventure, on a souhaité s’arrêter dans un volontariat, dans l’idée de travailler en échange des repas et de l’hébergement. C’est d’ailleurs une bonne solution pour rencontrer des locaux, mais la réalité est parfois très différente de ce que l’on s’imagine ! Les détails de notre première expérience (surprenante, amusante, mais aussi désopilante et ahurissante) c’est par ici !

Apprendre en pratiquant

Plusieurs sites web existent et permettent de mettre en relation des locaux ayant besoin d’aide et des volontaires prêts à donner d’eux-mêmes pendant un voyage (mais ce sera l’objet d’un autre article !). Sur plusieurs recommandations, on s’est inscrits sur HelpX et on a regardé les missions proposées. Il y a de tout ! Cela va de l’accueil dans un hôtel à l’agriculture, en passant par de la construction et aussi de l’enseignement. Les voyageurs ayant les compétences adéquates sont plus que bienvenus, mais tout le monde a sa chance, tout le monde peut apprendre, et c’est même ça l’idée : un échange de connaissances, un échange d’histoires personnelles, un échange de savoir-faire et de savoir-être. Le volontaire aide quelques heures par jour contre gîte et couvert, généralement. Après quelques recherches et quelques premiers contacts sur notre itinéraire, on se décide pour un volontariat près de Buenos Aires, dédié à l’écoconstruction et à la permaculture (deux domaines dans lesquels on n’a aucune compétence !).

Bousculer ses préjugés

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On se dirige donc chez Mark, notre hôte pour ce volontariat, un Anglais installé en Amérique du Sud depuis une vingtaine d’année, marié à une Colombienne. Première étape : localiser le terrain ! Les indications fournies par HelpX, par Facebook ou sur son site Internet sont bien différentes… Mais on trouve finalement, après quelques difficultés. Le descriptif de la mission est globalement le suivant : aider à la construction d’une école dédiée aux principes de la permaculture suivant des méthodes écologiques et responsables pour l’environnement. Quelle surprise donc en arrivant sur un terrain quasiment vague ! Quelques constructions au loin (certainement les fondations de l’école se dit-on), une ou deux cabanes, des herbes hautes, et à l’opposé une maison plutôt moderne avec une pelouse soignée et récemment tondue. Mais personne… On se dirige naïvement vers la maison moderne et sur la terrasse, on rencontre une volontaire, Anne, d’origine française et enseignante en Guyane Française, qui nous explique qu’elle est arrivée la veille (samedi jour de repos) et donc ne sait pas encore exactement ce qui nous attend. Un autre volontaire nous rejoint, Darwin, un Suisse, arrivé également la veille. Là, ils nous expliquent tous les deux que la maison moderne appartient au propriétaire du terrain, Fabi, qui laisse Mark en exploiter une partie. Les cabanes au fond du terrain sont en fait le logement des volontaires et les toilettes, et les fondations… peut-être de l’école dans un futur plus ou moins lointain… Le jardin paraît totalement chaotique à première vue, et on se demande ce que l’on peut bien y faire. Un couple d’Irlandais, Mary et Bernard, volontaires depuis 3 semaines nous exposent leur journée typique : lever vers 6h, travail dans le jardin, petit-déjeuner vers 9h, puis travail dans le jardin (dépiquer des salades pour les replanter ailleurs, désherber, etc) jusque 13h. Cela ne nous paraît pas très proche du descriptif dans l’annonce, mais on verra bien ! Voyager, c’est s’adapter et improviser !

Expérience humaine

Le déjeuner, comme tous les repas, se prend chez Mark, à une dizaine de minutes à pied du terrain. On le rencontre donc chez lui, entouré de sa femme, de ses 3 adolescents, de ses 2 chiens et d’un chaton (le plus maigre que j’ai jamais vu !). Il nous accueille, ainsi que Hyouki, et on s’installe tous dans le jardin pour manger. Là, il nous relate son expérience, s’autoproclame anarchiste, paraît très sûr de lui, sait absolument tout du fonctionnement de la société, mais surtout à quel point celle-ci nous manipule et comment tout le monde dans tous les gouvernements il est super méchant ! Certaines de ses idées nous paraissent cohérentes et lorsque l’on tente d’argumenter, d’échanger (le propre d’HelpX ou de Workaway a priori), de donner son opinion, ou (mais quelle mouche nous a piqués !) de lui proposer une façon différente de la sienne de voir les choses, Mark se braque, crie inutilement, divague complètement sur d’autres sujets en ajoutant un peu de soi-disant références scientifiques, nous critique et nous insulte même parfois au passage, pour finalement se perdre totalement dans ses explications. Au fil des jours, la patience de Martin (pourtant légendaire) s’amenuise, et moi je finis par de ne plus l’écouter du tout, puisque de toute façon c’est lui qui a raison, qui sait tout, mais surtout se contredit et se vexe lorsqu’on le met face à ses bêtises. Une véritable expérience humaine (rencontre avec un abruti fini plein de contradictions), avec des échanges vivants (monologues intempestifs sans queue ni tête), et une immersion complète dans la culture locale (le parfait gringo ravi de trouver sa place où la marijuana abonde).

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La fine équipe du volontariat, et Mark à gauche

Développer ses compétences

Le travail se passe donc majoritairement le matin pour éviter les grosses chaleurs, et consiste effectivement à du jardinage classique. Pas de souci, il faut bien que cela soit fait. Martin commencera d’ailleurs son expérience par une mission inédite : bécher un ancien poulailler pour y récupérer les excréments, et en faire un tas à peu près au milieu du jardin. Mais surtout, ces missions ne font jamais l’objet d’explication sur leurs objectifs et leurs applications dans le cadre d’un jardin responsable. Au bout de quelques jours, on l’interroge sur le projet de l’école, sur l’écoconstruction, et même sur ce que sont ces fameux principes de la permaculture. Avec des réponses très claires (mais uniquement pour lui, la majijuana qu’il fume à longueur de journée y est sûrement pour quelque chose…), on ne sait toujours pas ce qu’est la permaculture (merci Google pour les explications), comment il a construit son jardin (oui oui en fait il est organisé), ou quand on commencera l’écoconstruction (c’est-à-dire qu’il y a une sombre histoire sur la provenance des fonds destinés à lancer les projets…). Un couple d’Anglais, Matt et Kelsey, arrivé peu après nous, paye l’accès à une chambre dans le bâtiment réalisé de manière écoresponsable, en partie en adobe (avec l’infiltration d’eau en bonus). Ils paient surtout pour avoir la chance d’assister à des leçons quotidiennes sur la permaculture (qu’ils attendent encore). En une quinzaine de jours, on a donc appris à dépiquer pour repiquer plus loin sans savoir pourquoi à part qu’on le fait mal, à déplacer le fumier d’un poulailler au milieu du jardin pour ensuite le casser et le déplacer encore pour ensuite le répandre sur le terrain, à nettoyer une zone en évacuant ordures en tout genre en les déplaçant à quelques mètres, à désherber aléatoirement en espérant ne pas déraciner des plantes à garder, etc. Le tout par injonctions sèches, sans reconnaissance, sans explications, sans raisons, sans organisation (et oui c’est ça d’être anarchiste !). Bref, on déplace et on apprend !

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La mission de Martin : déplacer le fumier de la petite construction à quelques mètres

Importance du mot « éco » dans éco-construction

A la moitié de notre séjour, et après de nombreuses demandes d’Anne auprès de Mark et Fabi pour enfin commencer l’écoconstruction, on nous annonce que l’on va commencer les fondations d’une cabane. Chouette ! La motivation est là, on est tous prêts à participer au projet. On est cependant surpris de se voir expliquer par des ouvriers le mélange de ciment et comment couler une dalle. Première leçon : le ciment c’est « éco ». Avec l’aide d’un nouveau volontaire australien, Chris, le chantier commence et se réalise très rapidement (malgré plusieurs arrêts faute de matières premières). Et lorsque certains s’étonnent de l’utilisation d’un tel matériau pour une construction dite « éco », Mark prétend que tout est naturel, même le plastique. Autant dire qu’est éco ce qui l’arrange… Une fois la dalle sèche, on commence la construction de la cabane avec des murs fabriqués à partir de palette. Lorsque l’on atteste que c’est une alternative intéressante, on entrevoit dans les réponses faites par les deux gérants ce que veut vraiment dire « éco » : économique ! Le ciment c’est économique, les palettes c’est économique, le système D c’est économique, etc. Mark est un anarchiste qui se félicite de vivre autrement et en dehors du système. Mais qui profite clairement de ce système. Il clame que tout n’est que conspiration et est fier de sa façon de penser et sa façon de vivre. Entre deux joints et deux verres d’alcool, il nous explique son projet pour le terrain ; bâtir une école pour dispenser des cours, cursus payant bien sûr, avec des logements pour les étudiants, payants bien sûr, des repas, payants bien sûr, à moins de travailler. L’idée est aussi de sortir des sites comme Workaway et HelpX (les volontaires deviendraient trop exigeants, et les sites imposeraient trop de cadre pour les protéger) au profit de Tripadvisor, Booking.com et Airbnb, pour mettre en location des logements « éco » construits, payant bien sûr, et pourquoi pas de faire aussi un hostel avec des chambres d’hôtes, payantes bien sûr. Ce petit personnage se révèle être non seulement anarchiste (en fait juste quelqu’un avec une organisation des plus chaotiques), mais surtout un fier capitaliste ! Tout à fait dans l’idée de l’écologie, le respect de l’environnement, les alternatives plus responsables et harmonieuses… Mais aussi dans l’idée du respect de l’autre, de l’échange et de l’enrichissement mutuel. Merci Mark !

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Des rencontres surprenantes

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Danse chez les Doce Tribus

Mais alors pourquoi rester 2 semaines dans un tel environnement ? En fait, si l’on met de côté Mark et son tempérament très difficile à supporter plus de dix minutes, l’ambiance avec les autres volontaires était vraiment top. On s’est très vite liés d’amitié les uns avec les autres, toujours prêts à discuter ensemble et à passer de très bonnes soirées avec de vraies discussions intéressantes (il était là l’échange, le vrai !). Et pendant qu’un dernier volontaire, John, un Belge, se sacrifiait à distraire Mark tous les soirs en lui payant herbe et alcool, on était ravis de se retrouver tous ensemble. Mary et Bernard, nos amis Irlandais, nous ont fait beaucoup rire et c’est leur patience et leur force (ils ont tenu le coup 5 semaines tout de même !) qui nous ont rendu l’expérience plus agréable. Matt et Kelsey ont toujours fait attention à nous inclure dans les conversations (principalement en anglais) en parlant plus doucement. Chris nous a initiés au cricket, un jeu très amusant, surtout lorsqu’on s’y met tous ! Sortie à la plage, balade en forêt, visites (fréquentes) chez le glacier… Et quel plaisir de passer Noël tous ensemble ! On a aussi eu l’occasion de rencontrer des personnes étonnantes : les membres de la communauté 12 tribus. Ils nous ont invités chez eux lors de la célébration du Sabbat, à partager leur repas, à nous expliquer leur vie et leurs croyances, et à nous initier à leurs danses. C’était rafraîchissant, et sensiblement à l’opposé des valeurs de Mark. Chez eux, tout est amour et partage. Ils semblent réellement heureux de vivre en communauté, en dehors de la société. Notre compère capitaliste n’hésite pas à s’incruster chaque semaine, sûrement pour le repas délicieux (et gratuit). En revanche leur façon de parler encore de « races » et encore plus de hiérarchie dans celles-ci nous a surpris et déplu… Dommage, on pensait qu’ils tenaient quelque chose !

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Séance de jeu pour Hyouki avec son meilleur ami John
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Découverte du cricket, hilarant!

Cerise sur le gâteau

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Sol, la femme de Mark, incroyable cuisinière

Un autre point très important (en tout cas pour moi), c’est la qualité de la nourriture. En effet, un volontaire se voit offrir logement et repas en échange de quelques heures de travail. Pour ce qui est du logement, on a dormi dans le van car il n’y avait plus de place dans la cabane (dortoir commun des volontaires). N’ayant pas non plus le budget pour nourrir des volontaires supplémentaires, il était convenu avec Mark que nous participerions financièrement aux repas (modique somme). Et quels repas ! C’est la période où j’ai le mieux mangé depuis le début du voyage ! Les repas sont tous végétariens et préparés par Sol, la femme de Mark. Très variés, goût généreux, quantités plus que suffisantes, les repas ont réellement illuminé les journées. Bernard, l’Irlandais, est chef et a souvent aidé, sinon préparé, de nombreux repas absolument divins. Chris et Bernard sont ceux qui ont cuisiné le repas du réveillon de Noël : des pizzas maison cuites au barbecue. Les repas sont aussi des moments privilégiés car ils permettent aux volontaires de discuter entre eux et d’échanger sur le travail réalisé par chacun, ou encore de critiquer l’anarchiste capitaliste.

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Ce n’est évidemment pas ce que nous avions imaginé pour notre premier volontariat, et ce n’est sûrement pas une expérience représentative du concept. Cependant, on ne regrette pas du tout car on a pu y trouver ce que nous cherchions : apprendre de nouvelles choses (« éco » pour économique, ignorer les monologues plats et incessants, etc) et rencontrer des personnes extraordinaires (un anarchiste capitaliste aux capacités intellectuelles réduites dû à l’inhalation de plantes, une secte raciste qui prêche l’amour de son prochain, etc). Trêve de plaisanterie : on a réellement appris des choses bien que ce ne soit pas celles attendues et on a rencontré des volontaires géniaux. 15 jours que l’on n’est pas prêts d’oublier !

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À propos de l'Auteur

28 ans, passionnée par les voyages, la nature et la nourriture! Pas de talent particulier à part celui d'embêter Martin ^^

3 Commentaires

  1. C’est un plaisir de vous lire et de savoir que votre voyage (cette belle aventure enrichissante!) se continue bien. Nous vous admirons et vous remercions de nous faire vivre ainsi votre rêve. Que tout continue ainsi à bien se dérouler.
    Bises de Edith et Gaston

  2. J’ai bien ri en lisant le récite de vos 15 jours de volontariat, voilà une expérience que vous n’êtes pas prêts d’oublier 😉 Actuellement en voyage pour 8 mois je voudrais aussi me lancer dans le volontariat, j’hésite un peu entre les différents sites mais HelpX me tentait bien et ce que vous en dites (notamment variété des offres proposées) me renforce dans cette idée… Avez-vous dû solliciter beaucoup de structures avant d’avoir une réponse positive, ou bien cela s’est-il fait facilement ?

    • Tiens, on était passés à côté de ton commentaire, et je viens de le voir un peu par hasard. On a dû solliciter plusieurs structures quand même avant de trouver ce volontariat, et c’est vrai que ça n’a pas forcément été simple de trouver quelque chose qui collait niveau date ET destination. Surtout une fois que tu as fait le tri dans les annonces qui sentent clairement l’exploitation de main d’oeuvres bon marché et qualifiée 😉
      Si c’était à refaire, on s’orienterait surement vers Workaway, qui semble encadrer un peu plus les volontariats. Ça a des avantages et des inconvénients : plus de sécurité pour le volontaire, mais moins flexible pour le volontariat !

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